Texte et photos > cdt Bertrand Vidot, responsable actions préventives et actions de communication du Sdis 974 ; Mirella Pinguin, responsable comm. Sdis 974
Pour lutter contre cette épidémie, les services de santé préconisent le port de vêtements longs, l'utilisation de moustiquaires, de diffuseurs électriques, de spirales anti-moustiques mais aussi l'application de répulsifs (sprays, lotions...) sur le corps et les vêtements. Outre ces protections, il est conseillé de procéder à la destruction des gîtes larvaires. En effet, le moustique, pour ses besoins de reproduction, recherche des gîtes appropriés permettant la ponte et la croissance de ses larves. Le plus souvent, l'Aedes recherche les gîtes que lui procure l'homme (gîtes artificiels), à savoir les coupelles des pots de fleurs, des pneus usagés, des bouteilles... Le milieu naturel procure également des lieux de ponte (cf. photos).
Il existe deux types de destruction :
• mécanique (il s'agit d'éliminer les eaux stagnantes) ;
• chimique ou biologique (utilisation d'insecticides chimiques (organo-phosphorés ou pyréthrinoïdes) et / ou biologiques (bactéries) au moyen de pulvérisateurs manuels).
Quant aux gîtes naturels, il faut utiliser des insecticides chimiques (organo-phosphorés ou pyréthrinoïdes) au moyen de pulvérisateurs thermiques pour la destruction des adultes.
Le principe de lutte retenu repose sur deux actions : le traitement systématique de 200 000 foyers réunionnais en dessous de 1 000 mètres d'altitude, au moyen de pulvérisateurs embarqués et d'équipes à pied composées de militaires, d'agents de la DRASS et des collectivités et le traitement d'urgence des foyers émergents, confié au Sdis.
L'action du Sdis 974
Pour cette opération particulière, deux officiers supérieurs, le lt-colonel Dominique Fontaine et le médecin-chef commandant Patrick Lallemand ont été chargés de la conduite des opérations qui se déclinent en trois actions :
1. Une action de commandement et de coordination. A commencer par l'armement des postes de commandement, activés en préfecture et dans les 4 arrondissements, en application des méthodes de gestion opérationnelle et de commandement (GOC) par les officiers et sous-officiers du corps départemental des sapeurs-pompiers (CDSP) 974. Ainsi, 14 sapeurs-pompiers sont engagés chaque jour pour les fonctions de chef PC, officiers renseignement, action et officiers ou sous-officiers moyens. De plus, les sapeurs-pompiers doivent encadrer 25 équipes constituées par des agents du conseil général de la Réunion (soit 500 personnes). Du côté des communes, un réseau de coordination a été mis en place avec les maires dont le chef de centre est l'acteur principal, étant chargé de réaliser la coordination des différents acteurs sur le terrain.
2. Une action sur le terrain. Depuis le mois de février dernier, 24 commandos de sapeurs-pompiers ont été constitués et formés par des agents de la Drass pour le traitement des foyers émergents et des écoles. Ce sont des foyers où ont été détectées des populations de moustiques en présence de public sensible (femmes enceintes, personnes âgées, insuffisants respiratoires...). Cette détection se réalise par l'appel vers des numéros verts mis en place par la DRASS et les communes, qui transmettent les infos au Sdis.
Ces commandos de sapeurs-pompiers sont composés d'un chef d'équipe et d'un binôme qui met en action les pulvérisateurs. Ils assurent également la destruction mécanique des gîtes et prodiguent des conseils à la population. Ces interventions constituent des opérations diverses. Depuis le 3 février, 2 000 foyers ont été traités par les commandos pour un effectif cumulé de 958 sapeurs-pompiers.
Les intervenants utilisent des véhicules adaptés permettant la séparation physique des intervenants et du matériel. En effet, en milieu tropical, les vapeurs dégagées par les insecticides deviennent nocives pour le personnel en milieu confiné (habitacle du véhicule). A cet effet, la Drass a fourni au Sdis des véhicules du type pick-up et le Sdis a complété avec sa flotte de VTU.
3. Une action du SSSM. Tous les sapeurs-pompiers impliqués dans cette lutte ont effectué une visite médicale d'aptitude à l'utilisation de produits phyto-sanitaires. Cette visite est assurée par un binôme médecin et infirmier. Ils bénéficient notamment d'un soutien sanitaire et d'une surveillance médicale. Des consignes aux applicateurs ont été réalisés par les médecins. Par ailleurs, les MSP renforcent les centres hospitaliers le week-end et en semaine, ils assurent une astreinte.
En conclusion, les sapeurs-pompiers sont sollicités dans le cadre de la gestion d'une crise sanitaire sans précédent. Leur savoir-faire est utilisé à plusieurs titres :
• l'expérience de la gestion de crise et de l'activation de postes de commandement ;
• le traitement des foyers émergents dans une logique d'urgence (prise d'appel, envoi d'un commando SP qui réalise l'intervention).
Ce type d'intervention se rapproche d'une intervention pour inondation ;
• l'encadrement de personnel non SP dans un contexte de crise ;
• la remontée de l'information par les chefs d'équipes aux différents PC d'arrondissements ;
• la connaissance des populations et du département ;
• la connaissance des maires et des services communaux.
Enfin, les sapeurs-pompiers sont amenés à une évolution de leurs missions dans le cadre de la prévention et de la lutte contre les risques de type NRBC. Au contact de ce type de menace biologique à facteur épidémique, qui trouvera certainement à se renouveler, les sapeurs-pompiers se doivent de se préparer à ce type d'agression au travers de la constitution d'équipes spécialisées. Après les cellules mobiles d'intervention chimiques et radiologiques, la création d'équipes de réponse au risque biologique apparaît judicieuse.
Renforts
Dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de chikungunya qui touche les îles françaises du sud de l'océan indien, la DDSC a constitué un détachement métropolitain de projection outre mer pour renforcer les moyens locaux. Ce détachement est constitué de SP professionnels et volontaires de nombreux Sdis issus des quatre coins de l'Hexagone ainsi que de militaires des UIISC, de la BSPP et du BMP. Une première colonne de 77 hommes et femmes officiers et sous-officiers chefs de groupes a été engagée dès le 14 février 2006. Leur mission consiste à renforcer l'encadrement des postes de commandement communaux, des postes de commandant avancés de sous-préfecture et du centre opérationnel de la préfecture sur l'île de la Réunion et l'île de Mayotte. Un détachement de relève dont l'effectif a été porté à 105 sapeurs-pompiers et militaires est arrivé sur place le 15 mars 2006. Une deuxième relève est prévue à la mi-avril 2006.
